Des formateurs de la HEP BEJUNE prennent la plume

Lettre envoyée le 25 octobre 2016 au président du Conseil d'État neuchâtelois


Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Conseillers d’État,

Vous invitez à de nouvelles réductions des services publics — touchant en particulier l’éducation et la profession enseignante — dans une politique de réactivité et d’adaptabilité à court terme, suite à une forte baisse des revenus que vous qualifiez de «surprise». Or, l’investissement dans l’éducation et la valorisation des professions éducatives n’existe que sur le long terme. Établir une éducation de haut niveau prend des décennies; la défaire ne prend que quelques années.

Puisque c’est surtout l’argumentation économique qui compte aujourd’hui, nous disposons désormais d’une estimation chiffrée des pertes de productivité en fonction du niveau d’éducation d’une population. Le point de QI (indicateur d’adaptation au système scolaire et académique) en moins est estimé à une perte du PIB de 13 000 € par personne et par année1.

Nous nous inquiétons aujourd’hui de la dévalorisation de la profession enseignante voulue dans la République et Canton de Neuchâtel par ses représentants politiques, essentiellement justifiée par la conjoncture économique à court terme. En tant que corps professionnel, nous souhaitons donc vous avertir précisément sur des conséquences probables pour le canton de Neuchâtel de la dévalorisation envisagée:

  • Nous nous attendons à un affaiblissement prévisible du niveau, car les étudiants disposant des meilleurs atouts sur le marché du travail risquent fort de s’orienter vers d’autres professions.

  • Même pour les étudiants neuchâtelois achevant leur formation à la HEP-BEJUNE, la tentation sera grande d’aller exercer dans un autre canton voire hors de l’espace BEJUNE, pour des conditions de travail plus attractives. Ceci signifie que ce que la République et Canton de Neuchâtel investira tout de même dans la formation ne bénéficiera pas du retour sur investissement attendu, compte tenu de la concurrence intercantonale.

  • Nous nous attendons à la désaffection d’une partie des candidats aux professions enseignantes — en particulier les hommes au degré d’enseignement primaire, dont la CDIP aimerait pourtant augmenter la part. Ce degré d’enseignement souffre déjà, sinon de pénurie, de manques ciblés de relève.

  • Nous nous attendons d’une part à ce que se creuse encore l’écart entre des exigences toujours plus élevées dans la formation initiale et l’exercice de la profession enseignante, et d’autre part à la rétribution à la baisse qui concerne même les enseignants au primaire (3-4 premières années exceptées).

Pour toutes ces raisons, nous dénonçons la démarche neuchâteloise, s’opposant à tout ce que l’on observe en Suisse et à l’étranger dans la volonté de mieux construire et valoriser la profession enseignante. De plus, sur le plan strictement financier, réduire des dépenses sur des investissements fondamentaux et à long terme pour un manque de recettes ponctuel nous paraît simplement indéfendable.

En vous remerciant de l’accueil et de l’attention que vous portez à cette lettre, je vous prie de recevoir, Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Conseillers d’État, nos salutations très distinguées.

1Selon une étude citée par ​Le Temps (édition du 2 décembre 2014), et menée par Bellanger et Pichery de l’Ecole des hautes études en santé publique (EHESP), dont les recherches sur les pertes de QI liées aux polluants (publiées dans Environmental Health) estiment la perte économique due à l’exposition des populations européennes au mercure entre 8 à 9 milliards d’euros chaque année.

Des Formateurs et Formatrices HEP-BEJUNE

(24 signatures)

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