Questions choisies à Yvan Jourdain
Qui sont ces femmes, ces hommes qui s’engagent dans vos associations professionnelles et pour le Syndicat des enseignant·es romand·es? Faisons connaissance en quelques questions-réponses…
Yvan Jourdain
Je suis dans ma 28e année d’enseignement au cycle 3.
J’ai travaillé une année à Neuchâtel et ensuite, j’ai continué à Peseux. À la base, je suis généraliste et je m’occupais des classes préprofessionnelles (les élèves se destinant à un apprentissage). J’ai également fait un certificat universitaire en géographie en parallèle de mon travail. Cette formation a été commencée à la suite d’une boutade d’un directeur de l’époque. En effet, j’ai été pendant cinq années engagé en contrat de droit privé d’un an. J’ai donc été licencié quatre fois pour être réengagé le mois suivant.
Cette situation étant assez désagréable à vivre, j’avais demandé à mon directeur comment l’éviter. Il m’avait répondu qu’en ayant une formation universitaire, cela changerait complètement la donne. Il m’a fallu 12 ans en travaillant en parallèle à 100 % pour terminer tous les cours… pour, finalement, n’avoir aucune reconnaissance de mon titre de la part du canton. La reconnaissance viendra du SER quand il accepta que je le représente en tant que géographe dans la commission de relecture des nouveaux moyens d’enseignement de géographie au cycle 3.
Mais je reviens sur mon parcours syndical.
Une des premières choses faites lors de mon engagement a été de me syndiquer. J’avais eu l’opportunité de rencontrer des membres du SAEN qui m’avaient expliqué ce qu’est un syndicat et ses buts et cela m’a tout de suite convaincu. Au départ, je n’étais que membre. Il y a une dizaine d’années, quand le canton de Neuchâtel a changé l’organisation du cycle 3, le syndicat a invité ses membres à s’exprimer sur ces changements. J’ai assisté à la séance et j’ai pu échanger avec le comité. J’ai beaucoup apprécié ce moment sans forcément penser à m’investir plus pour le syndicat.
Le président de l’époque s’est ensuite approché de moi pour me demander si je voulais rejoindre le comité, ce que j’ai accepté. Je n’ai pas regretté ce choix, car cela m’a permis de mieux connaître l’organisation de l’école neuchâteloise, mais, surtout, pouvoir discuter, négocier, proposer des idées afin de l’améliorer. Actuellement, je représente le SAEN dans la commission des négociations salariales et je fais partie du groupe sur la nouvelle maturité en 4 ans.
Si vous n’étiez pas enseignant·e, quel autre métier exerceriez-vous ?
Lors de mes études, j’ai toujours apprécié les chiffres et j’adorais tout ce qui était comptabilité et économie. En terminant le lycée, j’ai hésité à partir sur cette voie. Je pensais poursuivre ce cursus à l’université, voire directement commencer à travailler, car j’avais reçu des propositions d’embauche. Mais quelques mois avant la fin du lycée, j’ai décidé de partir dans l’enseignement. Je ne me voyais pas dans un travail qui, selon mon regard de l’époque, pouvait être peu diversifié.
Qui aimeriez-vous inviter en classe ?
Beaucoup de jeunes n’imaginent pas (ou ne le veulent pas) la réalité du monde du travail et pensent qu’en jouant à sa console ou faisant glisser ses doigts sur son natel, on peut se faire beaucoup d’argent sans effort. La sortie de l’école revient souvent à prendre une grosse claque qui peut être parfois très déstabilisante. C’est pourquoi j’aimerais bien inviter quelques anciens élèves pour qu’ils puissent leur expliquer comment est le monde du travail. J’ai eu une fois la visite imprévue d’un ancien élève qui est arrivé en plein milieu d’une leçon. Il a discuté avec la classe également et en sortant, il leur a fait la morale en disant qu’il fallait arrêter de se plaindre sur l’école, car, dehors, c’était pire. J’ai énormément apprécié cette intervention, car elle avait quelque peu ouvert les yeux de certain·es.
Votre questionnement principal quant à votre profession ?
Je regrette la perte de confiance qu’ont de plus en plus de parents envers l’école. Il arrive souvent que ceux-ci n’arrivent plus à avoir le recul nécessaire pour comprendre les besoins, les limites de leur enfant. Ils deviennent vite agressifs et revendicateurs alors que nous (les enseignant·es) cherchons les meilleures solutions pour les aider. De plus, ils remettent facilement en question nos compétences en se basant juste sur le fait qu’ils ont été élèves (je peux vérifier l’huile, ajouter du lave-glace ou changer des ampoules dans ma voiture, mais cela ne fait pas de moi un mécanicien sur auto).
Chaque élève avance avec son rythme propre et si cela se passe un peu moins bien durant sa scolarité, cela ne signifie pas que plus tard, il ne puisse atteindre les objectifs qu’il s’est fixés. Le système de formation actuel le permet bien plus facilement, mais c’est difficile à le faire comprendre et, ensuite à le faire accepter aux parents.
Racontez-nous un souvenir fort d’un ou d’une de vos enseignant·es.
Quand j’étais élève au cycle 3, j’ai eu un prof de mathématiques hyper passionné qui m’a transmis l’envie de devenir enseignant. Il s’investissait sans compter et même si certains chapitres étaient peu évidents, j’appréciais toujours ses cours.
Comment vous ressourcez-vous ?
Mon moment « déstress » et ressourçant est clairement quand je mets mes baskets et que je vais faire un bon jogging. J’ai un natel (juste au cas où je me blesse), mais sans écouteurs, ni musique. J’apprécie de vivre, ressentir le moment présent lorsque je cours.
Est-ce que vous détestez quelqu’un ou quelque chose ?
J’ai beaucoup de peine à supporter les gens qui n’assument pas leurs actes. C’est quelque chose qui peut me mettre parfois hors de moi. Si je commets une erreur, même si cela est désagréable, je l’assume.
La dernière blague qui vous a fait sourire ?
Ce n’est pas une blague qui m’a fait bien rire dernièrement, mais plutôt un joli jeu de mots involontaire d’une élève. Lors d’un cours, au fond de la classe, trois élèves discutent et expliquent que leur grand frère ou grande sœur va bientôt passer son permis.
Une élève très fière m’annonce qu’elle aussi a commencé à se préparer en me disant : « j’ai déjà fait la Saint-Martin. ». J’éclate de rire en lui demandant quelle partie du cochon elle a mangée ou cuisinée. Elle ne comprend pas et me répète la même phrase.
Je lui explique qu’elle a suivi les samaritains et non la Saint-Martin qui est une fête bien connue dans le Jura… mon explication déclenche bien entendu les rires des voisines.
Un livre ?
Je ne me lasse pas de relire de temps en temps les aventures de Sherlock Holmes écrites par Sir Arthur Conan Doyle. J’apprécie la minutie de l’écriture et la façon dont les enquêtes sont résolues.