L’évaluation : un sujet toujours d’actualité
Chaque mois, le comité, à travers le billet du président, revient sur la série de thèmes d’actualité présentés à la journée syndicale. Vous qui y avez assisté, vous avez pu donner votre avis sur des Post-it®. Je me permets ici de relayer quelques-uns de vos commentaires et aussi commenter cette thématique importante.
Voilà de nombreuses années que l’évaluation revient sur la table des négociations syndicales et dans les diverses discussions que je peux avoir professionnellement et personnellement.
L’évaluation c’est, dans mon parcours d’élève jurassienne, un lointain souvenir. Mais c’est un bon souvenir. En effet, j’étais ce qu’on appelle « élève appliquée, ayant de la facilité ». Du plus loin que je me souvienne, j’avais de bonnes notes, et finalement, j’étais peu soucieuse du vécu d’autres élèves qui m’entouraient et pour qui cela se passait plutôt dans la douleur.
Puis je suis devenue enseignante, à une époque encore bénie où à l’école enfantine, on n’évaluait pas. Je dis bénie, parce qu’il me semble qu’on « formatait » un peu moins rapidement les familles et les élèves à viser l’excellence au cycle 3, pour atteindre à tout prix des études académiques.
Je suis également devenue maman, partagée entre un enfant HPI au comportement clairement antiscolaire mais qui avait de bonnes notes sans rien faire et une enfant dyslexique/dysorthographique qui trimait des jours entiers pour obtenir une note juste suffisante et qui a développé une phobie scolaire dès le début de son parcours.
Dès la mise en place de l’évaluation au cycle 1, j’étais partagée entre évaluer à tout prix pour démontrer noir sur blanc les compétences d’enfants de 4 ans et ne pas évaluer en me concentrant sur un développement parfois fragile des petits, qui demandait plutôt du temps, de la patience et beaucoup d’observations.
Même si au cycle 1, il me semble que nous sommes relativement épargné-es par des prises de tête évaluatives, il en est tout autrement quand on a des élèves ou des enfants en fin de cycle 2.
Les enseignant-es de 7-8 en particulier, avouent souvent leur désarroi, leur impression d’être dans le juste jusqu’en 7e, puis de basculer du côté sombre en 8e, à l’apparition des notes. Le syndicat, malgré des interventions ciblées dans les groupes de travail concernés, n’est pas encore parvenu à se faire entendre, pour que l’inconfort de tous les acteurs de la fin du cycle 2 (enseignant-es, élèves, parents) puisse petit à petit laisser sa place à une évaluation qui a du sens pour tous.
A l’heure de l’école inclusive – pardon, de l’école pour tous – l’obstacle évaluatif qu’on voudrait aplanir dans les hautes sphères, complique encore la tâche des enseignant-es.
On ne veut plus de livret de suivi, on ne veut plus de mesures différenciées à travers des réseaux. On veut que chaque élève puisse bénéficier de la différenciation et évalué le plus simplement possible. Mais simplement pour qui ? Pour celles et ceux qui décident sans ouvrir le porte-monnaie ou celles et ceux qui chaque jour depuis toujours différencient et cherchent par tous les moyens à valoriser la réussite de chacun-e ?
Je me suis un peu écartée des discussions mêlant dirigeant-es, directeur-trices et spécialistes en études de marché, par rapport à l’évaluation. Non pas que je baisse les bras, non ! Je souhaiterais simplement que tout ce petit monde fasse une pause sur les grands projets menés conjointement et parfois un peu précipitamment et puisse revenir à ce qui fonctionne actuellement, en Suisse ou dans le monde, afin de tirer profit des bonnes pratiques.
Un cycle 1 en 5 ans pour respecter le développement des jeunes élèves, ne pas les dégoûter de l’école ? Une évaluation formative par des codes réalistes qui marquent la progression plutôt que la sanction jusqu’à la fin du cycle 3 ? Une valorisation des cursus professionnels plutôt qu’académiques qui évite de mettre les élèves sous pression ?
Dans vos Post-it®, quelques morceaux choisis :
Les goûts et les couleurs sont propres à chacun-e…
Je n’ai pas la solution, évidemment. Je n’envie pas les autorités qui peinent à trouver des solutions pérennes qui satisfassent tout le monde. Je compatis avec les enseignant-es, qui font toujours bonne figure dans cet imbroglio de consignes évaluatives.
Mais celles et ceux que je plains le plus, ce sont tous ces enfants, qui veulent à tout prix réussir, sans qu’on ne tienne vraiment compte de leurs rythmes et de leurs différences.